Haie bocagère détruite par un bulldozer
Haie bocagère détruite par un bulldozer

Le remembrement rural est une opération d’aménagement foncier qui vise à regrouper des parcelles agricoles morcelées en unités plus vastes et cohérentes, afin de faciliter le travail des exploitants et de rendre l’agriculture plus productive.

Mis en place en France à partir des années 1940 et fortement développé entre les années 1950 et 1970, il s’inscrit dans un contexte de modernisation agricole, de mécanisation et de réorganisation des campagnes. En pratique, le remembrement consiste à redistribuer les terres en réduisant le morcellement, en repensant les chemins d’accès et, parfois, en modifiant les éléments du paysage comme les haies, bosquets ou mares, ce qui a profondément transformé de nombreux territoires ruraux. S’il a permis d’améliorer l’efficacité des exploitations et de mieux adapter le parcellaire aux engins modernes, il a aussi suscité des débats en raison de ses impacts sur l’environnement, la biodiversité et les paysages traditionnels, ce qui a conduit progressivement à des dispositifs plus globaux d’« aménagement foncier agricole et forestier ».

Les alignements boisés sur La Gacilly

Le bocage est un paysage rural composé de prairies, cultures, pâturages, vergers… encadrés par un maillage de haies constituées d’arbres et d’arbustes. Ces haies sont souvent plantées sur des talus plus ou moins hauts bordés par des fossés. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des milliers de kilomètres de haies ont été détruits dans la région notamment en raison du remembrement. Aujourd’hui, la qualité de l’eau qui se dégrade, les phénomènes d’inondations et de sécheresses plus fréquents, l’érosion des sols agricoles, la perte de la biodiversité, rappellent à tout le monde que toutes ces haies rendaient service à la collectivité. Cette prise de conscience aboutit depuis quelque temps à des programmes de replantation de haies. Cependant, on est très loin de compenser ce qui a disparu. Et les haies tombent toujours. Il est aujourd’hui urgent de replanter de manière cohérente et efficace, de préserver et régénérer les haies anciennes, et de privilégier les talus plantés. Les alignements boisés présentent divers intérêts.

Ils participent notamment :

    • au maintien de la biodiversité (facilite les déplacements, reproductions et habitats),
    • au maintien de la structure des sols (ralentissement de l’écoulement des eaux de pluie, dénivellations, etc.),
    • à la protection des bâtiments d’élevage et des cultures contre les tempêtes en limitant les dégâts sur les cultures (La haie réduit la vitesse du vent de 30 à 50 % sur une distance de 15 fois sa hauteur,
    • à la mise en valeur des paysages et du patrimoine local,
    • à la production de bois d’œuvre et de bois-énergie.

La préservation de ce patrimoine bocager constitue un enjeu important à l’échelle du territoire. Sur La Gacilly, les alignements boisés sont relativement riches et s’étendent sur un linéaire d’environ 183 km, soit une densité moyenne de 48 m/ha. 

Ces alignements se caractérisent par des essences locales (chênes, châtaigniers, noisetiers…). La répartition des haies est globalement assez homogène sur le territoire. Toutefois, certains secteurs sont particulièrement bien préservés tandis que d’autres présentent un bocage un peu plus déstructuré (secteur de La Chapelle-Gaceline par exemple). Le réseau bocager permet une mise en connexion des espaces boisés et constitue également en lui-même un milieu abritant une riche biodiversité. Ce patrimoine bocager est un atout à maintenir, en lien avec les exploitants agricoles du secteur.

Le patrimoine agro-naturel de La Gacilly

Aujourd’hui, le caractère agro-forestier est très prégnant et prend une place majeure dans la construction de l’identité de la commune. Toutefois, le développement des bourgs et de l’activité économique secondaire, voire tertiaire, sur le territoire tend à s’amplifier. À travers l’étude des photographies aériennes, l’évolution de l’occupation des sols du territoire communal de La Gacilly est importante.

D’après la photographie aérienne de 1950-1965, le développement agraire prédominait et était une caractéristique structurante du paysage de la commune. Ce paysage était caractérisé par des parcelles cultivées, généralement délimitées par des haies bocagères, et quelques vergers. La vue orthophoto présente des parcelles agricoles de petites tailles et laniérées. Bien qu’à cette période 1950-1965 que le remembrement est lancé en Bretagne, les effets sur le paysage gacilien est tardif. Le processus d’agrandissement des surfaces parcellaires n’est pas encore entrepris. Les espaces forestiers et boisés ont aussi évolué. En effet, ces espaces présentent une superficie moins importante que celle observée aujourd’hui. L’activité agricole occupait une place prédominante dans l’occupation du sol, même sur des secteurs moins favorables (sols pauvres), par exemple sur la butte de Gralia. Les ruisseaux présentaient une ripisylve davantage étoffée car reliée à une trame bocagère foisonnante. (ripisylve : ensemble de la végétation qui se trouve en bordure directe d’un cours d’eau). Concernant le maillage routier, les grands axes comme les RD 777, RD8, RD 773 et RD 138 étaient déjà construits afin d’opérer les liaisons inter-villages.

D’après la photographie de 2000-2005, le développement urbain de la commune est exponentiel. De nouveaux équipements ont été construits, de nouveaux aménagements dans le centre-ville ont été opérés, de nouveaux secteurs d’habitat ont émergés en périphérie et sur les buttes et des zones d’activités se sont développées. La part de l’occupation des espaces urbains tend à s’amplifier et à réduire l’occupation des zones agricoles sur le territoire communal. C’est à partir de cette deuxième vue orthophoto que l’on peut constater les effets du processus de regroupement et d’agrandissement sur le parcellaire agricole gacilien. Les haies bocagères présentent un linéaire réduit et les parcelles sont agrandies et/ou regroupées. L’espace forestier présente une surface plus importante que la vue précédente. En effet, comme présenté dans l’analyse des unités paysagères, le taux de boisement en Bretagne est passé, en 20 ans, d’environ 10 % à plus de 12 %. Le territoire de la commune a donc suivi cette évolution. Des espaces forestiers ont notamment colonisé d’anciennes cultures. Par ailleurs, le développement urbain et des zones d’activités a nécessité la création d’une voie contournant le centre-bourg de la Gacilly. Cette voie, la RD 773E, permet de desservir le bourg de La Gacilly et ces différents pôles d’activités.

D’après la photographie aérienne de 2019, la mutation des parcelles agricoles est moins importante mais évolue toujours. Le développement urbain s’est quant à lui intensifié, l’ensemble des bourgs se sont densifiés et des zones pavillonnaires se sont construites le long de grands axes comme la RD 8 et sur la butte de Gralia à La Gacilly. De fait, les surfaces encore cultivées tendent à diminuer. Toutefois, à la marge, on peut observer des surfaces qui ont été déboisées. L’évolution de l’occupation du sol de la commune de La Gacilly s’est organisée autour d’un polyptyque entre les espaces agro-naturels, forestiers, urbains et industriels. L’observation relève une organisation spécifique des espaces boisés et des structures arborées linéaires différentes selon les secteurs identifiés (forestier, agro-naturel, urbain et industriel).

L’agriculture sur le territoire gacillien

L’étude urbanistique considère un espace agricole de 1892 hectares en 2020. Selon le « Registre parcellaire graphique », la surface agricole cultivée est de 1665 hectares ; soit près de 44 % de la superficie communale. Après avoir été réduite de 10 % entre 2000 et 2010, la Surface Agricole Utile (SAU) était de 1236 hectares en 2010 (selon les chiffres du dernier recensement agricole par l’AGRESTE). Cette SAU correspond à 33 % de la superficie de La Gacilly.

Si l’expansion urbaine des dix dernières années semble avoir eu peu d’impact sur la Surface Agricole Utile (SAU), les exploitants agricoles, rencontrés dans le cadre de l’élaboration du présent PLU, rapportent des problèmes d’accessibilité de petites parcelles en dent creuse ou en lanière. En effet, les secteurs de Glénac et de La Chapelle-Gaceline comptent, dans leur agglomération, de petites parcelles à proximité ou au milieu d’espaces résidentiels. Le secteur de La Gacilly a la particularité de ne pas avoir connu de remembrement et, donc, d’une forte division du parcellaire agricole ; avec de multiples petites surfaces et de nombreux propriétaires. La distinction des trois anciennes communes est marquée par les exploitants rencontrés ; ce qui tend à augmenter un sentiment d’isolement rapporté par plusieurs témoignages.

Le nombre des exploitants a diminué de moitié entre 2010 et 2020. La mairie liste aujourd’hui 14 exploitations contre 30 en 2010. 6 exploitations sont localisées sur le secteur de La Gacilly, 6 sur celui de Glénac et 2 sur celui de La Chapelle-Gaceline. Dans le cadre de la présente étude, 9 exploitants, soient deux tiers, ont répondu à l’enquête par exploitation proposée par la sociologue ; représentant 877 hectares soit 71 % de la SAU recensée. 70 % de leur SAU se trouve à La Gacilly ; sur la commune du siège de leur exploitation. 78 % des exploitants enquêtés se trouvent voisins de tiers non-agriculteurs.

Ainsi, le remembrement gacilien et l’évolution du bocage mettent en lumière un territoire où les dynamiques agricoles, urbaines et forestières se sont recomposées au fil des décennies. Si l’agriculture reste un pilier structurant, la pression urbaine, la fragmentation parcellaire et la diminution du nombre d’exploitants interrogent la pérennité des systèmes agricoles locaux et la capacité des agriculteurs à travailler dans de bonnes conditions.

Dans ce contexte, le bocage et les alignements boisés apparaissent comme un patrimoine agro-naturel majeur, à la fois support de biodiversité, régulateur des eaux, protection contre les aléas climatiques et élément fort de l’identité paysagère de La Gacilly. Leur préservation, leur gestion concertée avec les exploitants et leur reconstitution là où ils ont disparu constituent donc un enjeu central pour concilier le développement des trois bourgs, maintien d’une agriculture viable et protection de l’environnement. La manière dont la commune nouvelle accompagnera ces transitions déterminera en grande partie la qualité de vie, l’attractivité et la résilience de son territoire dans les années à venir.

Sources : rapport de présentation de septembre 2024 du PLU de La Gacilly, commune nouvelle.