Oeuvre de l'artiste Jean-François Guibillon alias Jef Graffik
Jean-François Guibillon alias Jef Graffik, artiste

Les fresques et les graffitis représentent une forme d’art éphémère qui joue un rôle particulier dans la construction et la narration de l’identité urbaine collective.

Ces murs peints ont évolué au fil du temps, passant de simples expressions artistiques décoratives à de véritables supports de mémoire sociale, culturelle et politique dans la ville.

L’évolution du mur peint

Historiquement, la pratique du mur peint est ancienne et universelle, remontant à la préhistoire avec les premières peintures sur parois. Cette permanence s’est transformée selon les époques et les civilisations : à la Renaissance, les fresques ornaient l’architecture religieuse et civile, tandis que le XIXe siècle a vu un déclin temporaire lié aux nouveaux courants architecturaux plus fonctionnels, qui privilégiaient des surfaces « nues » et sans ornements complexes. Au XXe siècle, un renouveau s’opère avec l’émergence du « street art » et des graffitis, surtout à partir des années 60-70, moment où ces arts urbains deviennent un moyen d’expression fort des populations, notamment dans les quartiers populaires. Le graffiti, d’abord perçu comme du vandalisme, s’affirme désormais comme un vecteur puissant de transmission de l’histoire et de la culture des quartiers. Chaque tag ou fresque reflète des réalités sociales, culturelles, voire politiques, spécifiques à une communauté urbaine, donnant une voix à ceux souvent marginalisés, notamment les jeunes.
Cette dimension éphémère – car les œuvres peuvent être rapidement recouvertes ou dégradées – confère à ces œuvres un caractère vivant et évolutif, qui invite à une lecture dynamique de l’espace urbain. Les fresques et graffitis jouent ainsi un double rôle : ils magnifient souvent un quartier en embellissant des murs laissés vides par l’urbanisme contemporain, mais ils servent aussi de médium engageant pour une narration collective.

Dans le contexte français post-1968, la pratique du mur peint a notamment pris un tournant engagé, porté par des messages sociaux et politiques, qui ont renforcé la fonction d’expression démocratique et citoyenne de ces œuvres. Les collectivités se sont progressivement approprié ces outils d’embellissement et de légitimation de l’art dans l’espace public, comme en témoignent les nombreuses commandes de fresques publiques à partir des années 70 dans les nouveaux quartiers urbains. Ces interventions sont souvent accompagnées d’un travail de médiation avec les habitants, créant un lien d’appropriation collective, où l’œuvre devient porteuse d’une identité partagée, voire revendicative. Au-delà de leur aspect esthétique, les murs peints et graffitis sont donc des supports d’une mémoire collective urbaine participative. Chaque fresque raconte une histoire singulière qui, assemblée à d’autres, construit le récit d’un territoire, retraçant son passé, ses luttes, ses transformations sociales. Les artistes urbains deviennent à la fois témoins et acteurs de cette dynamique identitaire, en donnant forme visuelle à des expériences humaines, sociales et politiques.

Les « murs légaux » et les graff parks

De nombreuses communes encadrent la pratique par des « murs d’expression » (murs autorisés), des « graff parks » où la peinture est permise ou tolérée, ce qui facilite la création sans risque juridique immédiat et contribue à la qualité des œuvres produites en plein jour. Cette approche s’est démocratisée progressivement en France, avec des municipalités qui inaugurent des espaces dédiés et des associations locales qui animent des ateliers d’initiation et de médiation autour des pratiques urbaines. Même si des lieux dédiés existent, les interventions hors de ces zones restent soumises aux règles locales et peuvent être illégales, notamment sur des infrastructures sensibles comme les voies ferrées et les tunnels, qui présentent en outre des risques graves de sécurité et font l’objet de sanctions spécifiques en France. Les acteurs du milieu recommandent de privilégier les murs autorisés, graff parks et espaces tolérés, d’éviter les monuments et bâtiments patrimoniaux, et de s’inscrire dans des démarches associatives ou municipales pour pratiquer en toute sécurité et dans le respect des autres artistes.
Le « Graff Park de Redon » est un lieu privilégié pour le street art, notamment autour des friches des anciennes usines Garnier, où de nombreuses fresques se développent. Ces espaces sont accessibles aux artistes qui y créent librement, contribuant ainsi à un riche paysage artistique urbain. De nombreux artistes locaux comme Jef Graffik, Jean-Pierre Baudu, ou les Nantais LadyBug et Korsé, mais aussi des graffeurs venus de l’étranger, comme le Belge Nean, ont pris part à la sublimation des murs. Le skate park voisin, situé sur le parking du cinéma Manivel, sert de point de départ pour découvrir ces œuvres.

Les fresques et graffitis sont bien plus que des ornements éphémères dans la ville : ils incarnent un langage visuel qui dépasse la simple décoration pour devenir un moyen d’expression de l’identité urbaine, un reflet vivant des aspirations, des mémoires et des cultures des habitants. Par leur nature changeante et participative, ils tissent un lien direct entre les habitants et leur environnement, faisant des murs de la ville des pages ouvertes d’une histoire collective racontée au présent.